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Tuesday, October 27, 2009

Saucisses

"Que sont une terre et sa nature sans ceux qui l'habitent, lui donnent un nom et construisent son histoire? Sur quoi repose l'existence de ces gens qui habitent ces paysages somptueux, cette terre si rude? L'environnement peut-il modeler les hommes? Est-il possible de penser que la nature les grandit, les transforme pour le meilleur ou le pire? [...]
- Unnur, tu vas prendre un hamburger ou un hot dog quand nous serons arrivés à Hella?
Je suis brutalement tirée de mes réflexions et je ralentis un peu. La question provient du dessous de la visière du photographe que je croyais profondément endormi.
- On est en pleine nuit, Sigurgeir, tout est fermé à Hella.
- Et si on se grillait des saucisses au refuge de Nyidalur?
- On pourrait faire ça.
- Tu l'imagines comment, le paradis?
- Le paradis...? Je crois qu'il pourrait être tout à fait comme ça. Sables noirs, glaciers étincelants, taches vertes de végétation. Tu files à toute allure et droit devant toi, il y a le sud.
Il relève sa casquette, se redresse et scrute le paysage. Je rajoute doucement:
- Peut-être que le désert de Sprengisandur porte en lui les ombres d'êtres non encore modelés et les histoires encore non vécues des futures générations.
Il s'allonge à nouveau et rabaisse sa casquette sur ses yeux.
- Réveille-moi à Nyidalur."

(Unnur Jökulsdóttir, extrait // excerpt, Íslendingar)

Thursday, September 4, 2008

Corbeau

Si on avait demandé à Lodvig comment il se sentait, en admettant qu'il ait été capable de répondre, il aurait sans doute déclaré que tout allait bien. Il avait chaud, il n'avait mal nulle part, il était simplement en train de mourir, entouré d'une très grande beauté.
Mais soudain un bruit inconnu lui écorcha les oreilles, un bruit agaçant qui l'arracha à son état d'extase. [...] Quelques instants plus tard, ses oreilles congelées saisirent les bribes d'une voix criarde:
"A gauche, à gauche. Ho, ho, espèce d'enfoiré, ho, ho!"

(Jørn Riel, Racontars Arctiques, extrait // excerpt, trad. // transl. S. Juul et B. Saint Bonnet)

Saturday, August 4, 2007

Immensité

"Ne cherche pas l'horizon,
Comme moi tu es infini;
Ni non plus les raisons,
Notre rencontre était prévue.

Sois chez moi, chez toi;
Sois le roi,
Un règne de liberté.
Vois-tu les richesses de ton royaume?
Diamants de glace,
Verts jade,
Lacs de perle,
Saphirs profonds.
Rien ici n'est servile,
Alors même que tout t'embrasse.

Tends le cou comme les loups;
J'en tirerai tes peines serrées.
Montre le torse, ouvre les bras;
Je multiplierai ta joie.

Qui es-tu à qui je m'abandonne si facilement,
moi de nature si pudique?
Qui es-tu qui te donne?

Je suis l'espace du vent,
L'horloge où s'arrête le temps que tu connais,
Car sur moi se déroule le tapis des âges.
Je suis la terre des nuits d'encre,
La cathédrale des soyeuses aurores boréales.
Je suis la maison du froid,
Le refuge d'innombrables silences,
La grande scène immobile.
Je suis le territoire des désires carnivores,
Des dangers primaires.
Je suis l'oeuvre des dieux,
Le Grand Exutoire.
Je suis le bout du monde,
Son commencement.
Je suis toutes directions,
Tous les possibles.

Je suis
l'immensité"

(Isabelle Lessard, panneau sur la route de la Baie James, Québec)

voir emplacement du panneau // see location of roadpost