Showing posts with label ailleurs. Show all posts
Showing posts with label ailleurs. Show all posts

Saturday, September 18, 2010

Voyageur

Combien ces vaisseaux, entourés d'eau de tous côtés, lui étaient supérieurs! Ils flottaient; la mer salée les menait partout où il leur plaisait d'aller. En les contemplant, il sentait un courant de sympathie venir à lui de ces énormes masses; elles étaient chargées d'un message à son adresse. Mais, au commencement, il ne comprit pas ce message; et puis il trouva le mot juste dont il fallait qualifier la nature de ces bateaux: c'était "superficiel": ils restaient à la surface de l'eau. C'est en cela que résidait leur puissance. Le danger pour un bateau, c'est d'aller au fond des choses, d'échouer. Les vaisseaux sont creux, c'est le secret de leur existence; les plus grandes profondeurs sont à leur service tant qu'ils restent creux.

(Karen Blixen, extrait // excerpt, Contes d'Hiver)

Sunday, July 13, 2008

Transition

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides;
Va te purifier dans l’air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.
Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins;
Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes.

(Baudelaire, extrait // excerpt, Elevation)

Friday, January 18, 2008

Ailleurs

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!
Les soleils mouillés
De tes ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traitres yeux
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

(Baudelaire, extrait // excerpt, L'invitation au voyage)

Thursday, January 3, 2008

Evasion

"Peut-être qu'il n'y a plus rien?" La terre lui paraissait belle et pure comme après le déluge; deux pies se posèrent ensemble devant lui sur l'accotement, à la manière des bêtes des fables, lissant avec précaution sur l'herbe leur longue queue. "Jusqu'où pourrait-on marcher comme ça?" songea-t-il encore, médusé, et il lui semblait que ses yeux se pressaient contre leurs orbites jusqu'à lui faire mal: il devait y avoir dans le monde des défauts, des veines inconnues, où il suffisait une fois de se glisser. De moment en moment, il s'arrêtait et prêtait l'oreille: pendant des minutes entières, on n'entendait plus rien; le monde semblait se rendormir après s'être secoué de l'homme d'un tour d'épaules paresseux. "Je suis peut-être de l'autre côté" songea-t-il avec un frisson de pur bien-être; jamais il ne s'était senti avec lui-même dans une telle intimité.

(Julien Gracq, extrait // excerpt, Un balcon en forêt)

Monday, December 17, 2007

Wave

Cease to resist, giving my goodbye
Drive my car into the ocean
You'll think i'm dead, but I sail away
On a wave of mutilation
A wave
Wave

(Pixies, extrait // excerpt, Wave of Mutilation)

Saturday, August 4, 2007

Collines

"Il doit y avoir
L'autre côté de ces collines."

(Guillevic)

Nuages

"Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d’une parole dont le sens m'est restée jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L’or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !"

(Charles Baudelaire, extrait // excerpt, Petits poèmes en prose)

Breeze

"They call me the breeze, I keep blowing down the road
They call me the breeze, I keep blowing down the road
I aint got me nobody, I aint carrying me no load
Aint no change in the weather, aint no change in me
Aint no change in the weather, aint no change in me
I aint hidin from nobody, aint nobody hidin from me
I got that green light, babe, I got to keep moving on
I got that green light, babe, I got to keep moving on
I might go out to California, might go down to Georgia, might stay home"

(J. J. Cale, extrait // excerpt, Call me the breeze)

Traces

"J'écoute le vent, il efface mes traces.
Le vent qui ne se souvient de rien
et ne comprend ce qu'il fait ni ne s'en inquiète,
mais qui est si beau à écouter.
Le vent doux,
doux comme l'oubli.

Lorsque poindra l'aube nouvelle
je poursuivrai ma route.
Dans l'aube sans vent j'entamerai la marche
à nouveau
posant mon tout premier pas
dans le sable merveilleusement intact."

(Pär Lagerkvist, extrait // excerpt, Pays du soir, trad.)